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lundi 17 mars 2008

Présidentielle 2008 ( ?) (1) : les menaces d’un rendez-vous de l’apocalypse

Comme il y a de cela trois ans (à l’approche d’octobre 2005 ― la redoutable échéance1), la fièvre de la présidentielle à venir s’est saisie des différents protagonistes de la crise ivoirienne. Ici et là, on affûte les armes, au figuré comme au propre. C’est que, sous nos cieux de pays sous développés économiquement et mentalement, les échéances électorales sont avant tout, des rendez-vous avec la belligérance : menaces, jurons, armes, proclamation anticipée des résultats, atmosphères d’inquiétude, cris dans la nuit striées de revendications et de protestations, policiers tirant sur des foules aux mains nues, un dictateur tricheur (comme en savent fabriquer les tropiques), le regard illuminé, en appelant à l’extermination de l’ennemi pour la défense de la légalité républicaine et de la patrie en danger ; puis, après les massacres, tendant la main à l’opposition pour la composition d’un « Gouvernement de Réconciliation nationale » ou de « large ouverture » (encore des nègreries). Au bout de la chaîne, une Communauté internationale lasse de tous ces mauvais scénarios nègres…

Voilà ce que sont que les élections, en Afrique ― l’Afrique noire, précisément. Et c’est ce que la Côte d’Ivoire de Gbagbo, de Bédié et d’Alassane s’apprête à nous servir sous peu : une consultation tendue, crispante, présage d’une élection calamiteuse et inévitablement conflictuelle. Une élection dangereuse surtout, qui s’offre à mes yeux comme un tragique rendez-vous de l’apocalypse.

A mon avis, et selon toute vraisemblance, ces élections connaîtront trois phases : la première verra se dérouler le plan des refondateurs pour accaparer le pouvoir ; la seconde exposera les scènes classiques qui ornent les décors des élections ‘‘nègres’’ : le tableau des tueries (planifiées par le camp présidentiel) ; la troisième dévoilera l’ultime plan qui mettra en relief ce que j’appelle « la folie de Gbagbo » : l’annonce d’une sécession par la création d’un gbagbo land à l’Ouest où le reste de ses troupes va se replier ― en cas de résistance farouche des forces de refus du hold-up électoral qu’il s’apprête à faire ― pour rejoindre le gros des Forces armées du nouvel Etat (L’Eburnie) qu’il aura créé. Rappelez-vous qu’en janvier 2006, il a dit (voir Frat. Mat) que lui aussi créera sa rébellion quand d’autres régimes lui succéderont, en représailles aux contrariétés qu’il a subies durant ses mandats. Dans un cas comme dans un autre, nous sommes au seuil de l’apocalypse et, au-delà les apparences, jamais autant qu’aujourd’hui, notre pays n’a été aussi près du gouffre.


Note
1/ Titre d’un article de Tiburce Koffi, in le Nouveau Réveil, octobre 2005.

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Présidentielle 2008 (?) : Le plan des refondateurs

Présidentielle 2008 (?) (2) : le plan des refondateurs (1)

Des analystes plus perspicaces et mieux armés que moi l’ont déjà évoqué dans des articles publiés, ainsi que des plis confidentiels qui font partie des documents d’archives des réseaux de réflexion (il y a en beaucoup en ce moment) sur la crise ivoirienne. Dans tous les cercles où, à l’instar d’autres intellectuels du pays, j’ai été souvent invité pour participer à des réflexions sur l’issue de la présidentielle prochaine, les conclusions sont presque les mêmes, à quelques détails près : Gbagbo et ses refondateurs feront tout pour confisquer le pouvoir d’Etat, fusse au prix de leurs vies ; au prix de la vie des Ivoiriens, surtout.

Les choses seront ainsi, pour trois raisons que j’exposerai plus loin. La plus essentielle d’entre toutes, relève de la psychiatrie, ou tout au moins, de la psychanalyse : le mal insidieux qui a habité et sali l’âme de nombreux et célèbres empereurs, tout au long de l’histoire. Ce mal, c’est la schizophrénie du pouvoir. Ses symptômes sont connus : l’ivresse que procure l’image de soi que vous renvoient chaque jour, les medias ; la sensation d’être Dieu parce qu’on détient entre les mains, le pouvoir de défaire des vies, d’en fabriquer, d’ordonnancer même la mort et de l’administrer ; la crainte, l’envie, la soumission et la terreur qu’on suscite autour de soi ; par-dessus tout, la tentation enivrante de la TRANSGRESSION : le pouvoir, tout pouvoir est transgressif.

Le plaisir de Néron fut ainsi de voir brûler Rome et de se délecter de la fureur des flammes dévoratrices ; celui de Caligula était d’expérimenter le droit de vie et de mort (surtout de mort) qu’il avait sur le peuple, en ordonnançant, par moments, des exécutions à vous procurer quelque frisson. Le plaisir de Chaka était de voir l’ennemi empalé vivant, sur un pieu jusqu’à ce qu’il expire, las de souffrances insupportables. Jules César et les Romains, sauvages, de cette époque, jouissaient de voir les gladiateurs être dévorés par les lions ou bien s’entretuer : « Ave Caesar, morituri te salutan »Bonjour César, ceux qui vont mourir te saluent ! Tel était le rituel en vigueur, en prélude à la célébration des plaisirs étranges du grand empereur romain ! Oui, comme l’écrit J. Anouilh, « Le privilège des grands, c’est d’admirer les catastrophes, de leurs terrasses. »

Idi Amine, Hitler, Pol Pot, Samory, Staline, Sékou Touré, étaient tous, des fous. Des fous lucides cependant, car ils avaient perçu, dans des moments de transe subliminale, la médiocrité du genre humain, la fragilité de la vie, enfin la puissance ― toute la puissance que donne le trône rouge du pouvoir. Et Laurent Gbagbo peut ainsi lancer cette misérable injure à l’éthique des Ivoiriens, en disant : « Si j’avais su plus tôt combien il était facile d’acheter un homme, je n’aurais pas perdu mon temps à acheter des armes ». Il est donc un corrupteur, un acheteur de consciences qui se dévoile, sans pudeur ! Et cet homme veut continuer à nous diriger. Sur quelle base éthique ?

Propos choquants, oui ; mais brillants de vérité gênante. Car Laurent Gbagbo parlait en connaissance de cause : à la période où il tenait ces paroles choquantes, il venait d’expérimenter la fragilité du genre humain, la petitesse de l’homme. Il n’avait pas eu tort. Suivez mon regard : peu de temps après, celui qui jurait sa mort il y a quelques années, exigeant sa démission immédiate, est venu occuper les locaux de la primature et est devenu, actuellement, son plus grand soutien. Et je devine d’ici, comment, des loges étincelantes de lumière du Palais présidentiel où il trône, satisfait de soi, Laurent Gbagbo doit être en train de se moquer de ce rondelet de maquisard urbain aux rêves si facilement monnayables, ce guérilleros urbain si prompt à marchander ‘‘sa’’ rébellion ! C’est cela, le plaisir des princes et des hommes qui possèdent la culture de la cruauté délicieuse : se délecter des petitesses de leurs (presque) semblables – les hommes. Un privilège des dieux. Patrick Ilboudo, un écrivain burkinabé a ainsi écrit un livre au titre très évocateur : « Le vertige du trône »…

Les peuples ne décèlent cette folie qui habite l’esprit de leurs dirigeants qu’après le temps de l’apocalypse, quand ces derniers ont fini de ruiner le monde, semant et laissant sur leurs passages, cendres, cris, cadavres et désolations. Et Laurent Gbagbo porte en lui, l’âme de ces dirigeants. Ni plus, ni moins dangereux qu’eux ; mais tout simplement, exactement comme eux. Ils sont venus pour bousculer le monde, le rendre un peu différent de ce qu’il était, avant eux. Pas forcément meilleur ni pire, mais tout simplement (ou tragiquement – c’est selon), différent.

Œil de maître d’initiation et plus exercé que tous, le poète Bottey Zadi Zaourou — Bernard Zadi, de son vrai nom — qui joua beaucoup dans sa formation, écrit alors : « Que de peines à l’année/ Que de larmes, Dowré,/Pour que pavoise aujourd’hui l’enfant prodige qu’identifia naguère et dès son berceau d’osier mon regard d’Initié/Bienvenue à toi Hermès !/Mais pourquoi donc, fils de Maïa,/Forniques-tu avec la lèpre ?/Pourquoi imposes-tu comme co-épouse à la lèpre la folie rageuse qui affole les foules » (Fer de lance, version intégrale, NEI/Neter, 2002, p.161)

A cette même page, le poète rend hommage au combat épique de ceux qui se feront appeler un peu plus tard, les refondateurs. Zadi les connaît. La plupart des têtes pensantes de la refondation sont sorties de la matrice de ses mains de pédagogue et d’idéologue. Lisez ces vers, pour mieux me comprendre : « Or/Les voici mes gaies lucioles/Mes étoiles/Mes cigales babillardes/Toute la faune des sans-culotte/Ouiii… mes jacobins germés dans le souterrain de ma main gauche et repiqués sans précaution sur le terreau des plaines d’Eburnie. » (Opus. Cit. p. 161). Le propos est profond et lourd de significations ; mais son auteur, Zadi, est un poète ; or les peuples brouillons et sauvages (comme ce que sont devenus aujourd’hui les Ivoiriens) ne sont jamais à l’écoute des poètes, ces prophètes des temps anciens où l’homme avait une oreille disponible et disposée à entendre la voix des mages. Le poète le sait ; alors, dépité, il traite son peuple de varans…

Bref, je parlais de la psychologie des schizophrènes du pouvoir. Chaque grand dirigeant (et Laurent en est un – ne serait-ce que dans sa dimension la moins utile2) est en cela, rien qu’en cela, un re-fondateur. Le règne de ces dirigeants ne passe jamais inaperçu. Ils entrent forcément dans le ventre de l’histoire, car après le fracas de leurs passages, les historiens et les survivants indiquent, toujours, une ère avant eux, une autre sous eux, et une ère après eux : il y aura ainsi la Côte d’Ivoire avant Gbagbo, la Côte d’Ivoire sous Gbagbo, et la Côte d’Ivoire après Gbagbo. Cela sera ainsi parce que Gbagbo est venu pour dé-ranger la Côte d’Ivoire en lui imprimant un ordre nouveau dont lui seul et les maîtres des secrets de l’ombre (ceux-là qui savent décrypter les grandes énigmes) ainsi que quelques analystes avisés, savent la logique. Je confesse mon ignorance sur ce plan. Bref, quel est donc le plan des refondateurs ?

Note:
2/ Il a aussi et bien sûr, des qualités. Beaucoup plus qu’on ne le croie, même.

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Le plan des refondateurs: Schémas ukrainien et kenyan


Présidentielle 2008 (?) (3): le plan des refondateurs (2) : schémas ukrainien et kenyan

Ce plan consiste, pour l’essentiel, à annoncer la victoire de Gbagbo avant la proclamation des résultats ; exactement comme les refondateurs l’ont fait en 2000 avec la complicité de la France ‘‘jospinienne’’, par le biais de rfi, en s’inspirant du schéma ukrainien. Ceux qui sont chargés de la sale besogne sont les personnes morales et physiques suivantes : la RTI, la Radio nationale, Fraternité Matin (tenue par des militants FPI et des sympathisants de Gbagbo : Brou Amessan, Eloi Oulaï, J.-B. Akrou, Ferro Bailly…), des agences de communication (elles sont nombreuses) créées par des refondateurs, les leaders des milices et autres associations terroristes (à l’exemple du GPP et de la Fesci), etc. Enfin, des soldats angolais cachés dans les locaux du Musée de Cocody qu’envisageait de construire Mel Théodore et que les refondateurs ont vendu à l’Angola. Cet édifice est situé en face de la RTI. Ces soldats angolais ont pour consigne de protéger les alentours de la RTI où n’auront accès que les refondateurs et leurs structures politiques satellites : les clubs de soutien (abusivement appelés partis politiques) et autres structures parasites (comme les syndicats et des ONG), tous animés par des personnes comme Danielle Boni Claverie, L.-D. Fologo, Aimé Appia Kabran, Mme Martine Djibo, bien sûr les inévitables Bro Grébé, Mahan Gahé, Gnamien Messou, entre autres.

Avant la proclamation officielle des résultats, les miliciens, les agences de communication, enverront des sms sur les portables des Ivoiriens ainsi qu’à l’extérieur du pays pour dire que Laurent Gbagbo est déjà en tête avec tel pourcentage (truqué et imaginaire, bien sûr) de suffrage. Cela, pour conditionner les esprits. Pendant ce temps, les chars des FANCI occuperont les artères de la capitale et des centres urbains névralgiques du pays.

La plupart des unités de soldats sont dirigés par des officiers issus de la tribu du Président. On sait leurs noms. On sait surtout la mission qui leur a été confiée : tirer sur tout contestataire. Tuer tout manifestant non favorable au hold-up électoral. De nombreux soldats (ivoiriens, angolais, libériens et sierra léonais), sous l’emprise de stupéfiants ce jour-là, et gonflés à bloc (par les propagandistes de la refondation) pour le ‘‘combat du frère’’, sont déjà prêts pour accomplir cette mission : tuer et tuer. Tuer, comme ils l’ont fait impunément en mars 2004 sur des militants désarmés de l’opposition. Car les refondateurs tueront (ils n’ont pas peur du sang), et ne reculeront devant rien pour confisquer le pouvoir.



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Le plan des refondateurs: Déroulement du vote


Présidentielle 2008 ( ?) (4): le plan des refondaterurs (3) - déroulement du vote

Il y aura trois grands espaces conflictuels de vote : le pays akyé (au sud), le pays bété (à l’ouest) et le pays baoulé (au centre). Les conflits les plus essentiels se dérouleront dans les espaces bété et baoulé. En pays bété, il sera interdit aux baoulé (nombreux dans ces régions) de participer au vote. Des miliciens de Gbagbo sont chargés d’assiéger, tôt le matin, les campements des baoulé, afin de les empêcher de se rendre aux bureaux de vote. Bien évidemment, les baoulés refuseront de se soumettre à ce dickta anti démocratique. La bagarre éclatera logiquement : ce sera le prétexte pour les miliciens et soldats enrôlés pour semer la terreur dissuasive, d’investir les campements baoulé, afin de ‘‘mater la rébellion’’ de ces allogènes. L’inévitable boucherie !

Le tableau est d’un grand intérêt psychanalytique et psychosomatique : en surimpression et à travers le temps, il traduit la version actualisée (contre les baoulé) de la rébellion (matée par Houphouët) du Guébié. Ces massacres du Guébié qui ont constitué le fonds de commerce du ministère politique de Laurent Gbagbo contre Houphouët. Gbagbo ne vit que dans l’obsession de réaliser cette vengeance de la tribu martyrisée par Houphouët, contre celle de ce dernier. Ivoiriens, lisez un peu ! Lisez les livres de Gbagbo, lisez les productions (articles de journal, revues, périodiques) des refondateurs. Relisez les anciens numéros de journaux comme L’œil du peuple, La tribune du Banco, Le Nouvel Horizon. Relisez surtout le dossier publié par le journal Notre Temps sur la crise du Guébié, au cours des années 1990. Vous y découvrirez aussi un superbe article signé de Jean-Baptiste Kouamé, en opposition au culte de Gnagbé Kragbé auquel s’était livré insidieusement ce journal dont les grosses plumes avaient pour noms, entre autres : Diégou Bailly, Séry Bailly. Relisez tout cela, Ivoiriens, et vous comprendrez mieux ce que j’écris ici. Les opérations de spoliation et de dépossession des terres culturales des paysans baoulé, et qui (selon les échos qui nous parviennent) ont cours à l’ouest, faisaient partie du programme foncier de Gnagbé Kragbé qui n’avait jamais caché son aversion pour cette tribu. Les récents papiers de Paul Koffi et de Dje KM (conf. Nouveau Réveil N° 1865 du 08 mars, p.7) confirment la lecture que je viens de faire du problème foncier à l’Ouest. Oui, les plantations sont arrachées aux paysans baoulés, exactement comme l’avait voulu Gnagbé Kragbé, l’homme dont Gbagbo est le prolongement onirique et politique.

Oui, compatriotes, crevons l’abcès une bonne fois pour toutes. Osons mettre le doigt, non pas sur, mais DANS la plaie cette fois-ci, et sortons de cet engrenage de la haine vengeresse qui, elle seule, suffit à expliquer une grande part du mal ivoirien actuel. « Je suis maintenant arrivé, séchez vos larmes !», dit ainsi Gbagbo aux populations bété venues au Palais pour lui faire acte d’allégeance. L’insolite et grave serment de Zorro que voilà ! Comment un chef d’un d’Etat de plus de 60 ethnies, peut-il se permettre de tenir de tels propos ? Et comment avons-nous pu garder le silence face à un tel dérapage langagier qui aurait dû éveiller nos soupçons ?

Peuples de Côte d’Ivoire, leaders politiques, hommes de Dieu, dites à Laurent Gbagbo de mettre fin à cette soif vengeresse qui l’habite, lui consume l’âme et pervertit son esprit aux forces du mal. C’est tout cela qui l’empêche, qui empêche la refondation, de tenir ses promesses de reconstruction de la Côte d’Ivoire. Les refondateurs sont loin d’être des gens stupides ; ils sont instruits, et ils ne sont pas plus mauvais que d’autres dirigeants. Malheureusement pour eux, le potentiel de feinte et de mal qui habite le cœur de leur chef, Gbagbo, ainsi que d’une minorité de gens de sa tribu qui l’entoure est, de trop loin, supérieur aux valeurs du bien et du progrès qui les avaient habités quand ils se lançaient (pour les plus sincères d’entre eux en tout cas) à la conquête du pouvoir d’Etat.

A l’indicamétrie3, la refondation ne peut pas être productive, car rien de positif ne peut se réaliser, quand l’esprit est en proie aux forces de la nuit et de l’obscur. La déroute surprenante et soudaine des Eléphants à cette CAN, n’est pas le fait du hasard absolu. Le mal brouille la vue. La culture de la vengeance et celle de la recherche du gain politique en tout, tarissent l’âme, flétrissent l’esprit ; et leurs ondes de chocs, négatives, sont incommensurables. Que Laurent et les quelques cadres bété tribalistes (ils ne sont tous pareils) du FPI qui l’influencent, acceptent de comprendre que ce ne sont pas les baoulé qui ont massacré le Guébié. C’est le régime d’Houphouët. Et ce régime comprenait aussi bien des baoulé que des bété (ces derniers y occupaient même des postes très importants), des sénoufos, des koulangos… bref, tout ce que la Côte d’Ivoire comptait de représentation ethnique.

Note :
3/ Indicamétrie, une science du Pr Moustapha Diabaté dont un des objets est de mesurer la quantité de valeurs qui gît dans l’esprit d’un homme, son potentiel d’agir positif et négatif.

Présidentielle 2008 ( ?) (5): le plan des refondateurs (4) - Le capital tribu

Je viens d’apprendre que Laurent Gbagbo ira passer la fête de Pâques en pays baoulé, précisément en terre kodê (Béoumi). L’affaire aurait été scellée par Amani Nguessan. L’opération consistera ici à le présenter comme l’ami des baoulés — comme s’il était nécessaire d’être aimé d’une tribu particulière, quand on est à la tête d’un Etat. Ceci est du primitivisme politique. Les opérations de charme, pour conserver le pouvoir ! Voilà tout le souci de cet homme. Peuples du centre, accueillez-le ; accueillez-le bien comme il sied dans nos traditions africaines de réserver un bon accueil à celui qui vient vous visiter. Mais ne croyez pas un seul des nombreux et gras sourires (il en a l’art) qu’il vous distribuera, car il sera allé chez vous uniquement pour chercher des électeurs, des voix, et non point par amour particulier pour vous. Après les élections, vous ne l’intéresserez plus. Déjà, opposant, il disait, plein de réalisme et de cynisme : « Je cherche des électeurs, non des militants ». Il vous donnera aussi de l’argent, beaucoup d’argent. Il n’a pas travaillé pour gagner cet argent, et il n’a jamais produit de la richesse. Prenez tout ce qu’il vous donnera — pour altérer un peu votre misère. De toute façon, c’est l’argent de la sueur du peuple de Côte d’Ivoire. Prenez, mais ne votez pas pour lui. Il est l’auteur de vos malheurs.

Bref, revenons à notre scénario — qui est loin d’être un puéril scénario. Au cours de ces élections, que se passera-t-il dans le pays baoulé ? C’est simple : à Bouaké et dans les villages environnants, la population baoulé sera interdite de vote par la milice de Guillaume Soro, commise à cette fin. Laurent Gbagbo n’est plus pressé de voir Soro désarmer ses troupes, à Bouaké, Man, Duékoué, etc. Que Soro maintiennent les baoulé, les wê et les guéré (nombre d’entre ces derniers sont d’ailleurs acquis à la cause du PDCI et de l’UDPCI) sous le joug des armes, aussi longtemps qu’il le voudra, pense en réalité Gbagbo. Dans tous les cas, ce n’est pas lui, Gbagbo, qui en souffre. Daloa, Gagnoa, Mama, etc., ne sont pas aux mains des rebelles !

A Bouaké, le scénario sera à peu près le même que dans le pays bété : les baoulé opposeront une résistance à ceux qui voudront les empêcher d’aller donner leurs (nombreuses) voix au candidat de leurs choix. Troubles donc. La milice de Soro tirera sur la foule. Les troubles gagneront en intensité. Gbagbo aura ici, deux possibilités : prétexter de la situation d’insécurité au Centre pour légitimer (il en rêve) une descente militaire des FANCI, ou laisser à Soro, la tâche de pacifier la résistance (ou la rébellion) du Centre. La première voie lui donne l’occasion de rétablir l’autorité de l’Etat dans cette zone sous occupation illégale : sous le prétexte des troubles qui s’y dérouleraient, Gbagbo pourrait ordonner des opérations militaires d’épuration (et d’envergure) et réaliser, conséquemment, le même tableau apocalyptique qu’on aura vu à l’ouest : le massacre des baoulé. Il pourrait le faire d’autant plus qu’il pense qu’il ne sera accusé de quelque tuerie que ce soit, dans la mesure où le ministre de la Défense répond du nom d’Amani Nguessan. Un authentique baoulé. Gbagbo, habile, aura donc eu beau jeu de dire : « Ce n’est pas moi qui ai ordonné les descentes militaires dans le pays baoulé ; c’est le ministre de la défense, lui-même baoulé ». C’est une des raisons (peut-être même la plus essentielle) pour laquelle, Michel Amani Nguessan occupe ce poste… qu’il ne dirige même pas : tout ivoirien sait qu’il est, en réalité, détenu par Gahé Bertin et Lida Kouassi. Voilà le piège qui attend Amani.

Mais une victoire militaire des FANCI à Bouaké (chose facile aujourd’hui) n’intéresse plus réellement Gbagbo, car elle compliquerait les plans d’alliance avec Soro. C’est pourquoi il laissera à Soro et ses miliciens, le soin de mater la rébellion du Centre. Dans un cas comme dans l’autre, les tueries les plus importantes se feront à Bouaké et dans le pays bété.

Au total : les baoulé, poids important dans l’électorat akan du RHDP, devront être privés de possibilités de vote. En octobre 2000, sur inspiration des refondateurs, Robert Guéi, avec la complicité du président du Conseil constitutionnel, Tia Koné, avait éliminé de la compétition électorale, non seulement les candidats (Bédié et Ouattara) les plus représentatifs à ces élections, mais aussi, TOUT candidat susceptible d’avoir le suffrage de l’électorat PDCI ou du RDR ou des deux réunis. Pour l’élection à venir, Gbagbo n’a aucune possibilité de faire éliminer qui que ce soit ; et Tia Koné, ni celle de gloser sur la recevabilité d’aucune candidature : Ouattara et Bédié sont protégés par Marcoussis. Une seule possibilité de tricher est laissée à Gbagbo : empêcher les baoulé de voter. Il n’a pas peur de l’électorat du Nord : Mamadou Koulibaly, aidé en cela par l’inertie de Ouattara et de la plupart des ministres RDR (occupés à s’en mettre plein les poches), est en train de faire un beau travail dans le Nord du pays en déstabilisant de nombreuses bases de ce parti, au bénéfice du FPI. La récente razzia à Bouaflé, illustre bien mes propos.

Aux opérations d’obstruction déjà signalées, il faudrait ajouter celles de vandalisme et d’épuration, conçues par les refondateurs.

Présidentielle 2008 ( ?) (6): les crimes planifiés

Ici, sont prévus : l’incendie des sièges des journaux de l’opposition ; l’obstruction à la parution et diffusion de leurs journaux par le procédé déjà utilisé en novembre 2004 contre la presse libre ; enfin, l’élimination de personnes physiques bien ciblées. Figurent sur cette liste noire, entre autres, les noms suivants : Venance Konan, le Pr Koné Sidick, Assalé Tiémoko, Guy-Charles Wayoro, Christiane Djahué, Ama Téhua, le Pr Yacouba Konaté, Dégny Maixent (qui a déjà échappé de justesse aux tueries, en 2004), Tiburce Koffi, le Lt-colonel Jules Yao Yao, Constance Yaï, André Sylver Konan, Henri Amouzou, Anaky Kobénan, Mme Faust Didi, Claude Tamo, Me Blessi Chrisostome, Adjoumani, Me Jeannot Ahoussou K., Thomas Bahinchi, KKB, Me Metennon, Patrick Achi, Ayié Ayié Alexandre…

Dès les premiers coups de feu, ces personnes devront savoir que leur sort est scellé, si elles se trouvent encore sur le territoire ivoirien. Leurs domiciles ont été repérés et identifiés. La plupart d’entre elles sont suivies, espionnées par les exécuteurs des Hautes œuvres des refondateurs. C’est la même machine du meurtre qui a tué le médecin Dakouri, le comédien ASH, le député Téhé, les journalistes Jean Hélène, G.-André Kieffer, massacré l’entourage immédiat de Robert Guéi, tué l’étudiant Dodo Habib, etc. C’est peut-être la même machine qui a assassiné Boga Doudou dont le meurtre interpelle encore l’intelligence de tous ceux qui cherchent à comprendre les dessous de cette crise.

Les avis des spécialistes d’enquêtes sur les meurtres (que j’ai approchés à ce propos) sont formels : seuls des gens de l’entourage de Boga, munis de laissé passer, pouvaient franchir, ce jour-là, tous les barrages (ils étaient nombreux) dressés sur la rue qui menait au domicile du ministre de l’Intérieur, l’homme le plus et le mieux gardé de Côte d’Ivoire, jusque-là. Or, qui d’autres que des refondateurs de rang élevé, était proche de Boga Doudou, au point de franchir toutes ces barrières, sans être inquiété, surtout cette nuit-là… jusqu’à aller le tuer ? Tranquillement. Sans être capturé ou buté ? Où étaient ses gardes de corps ? Pour qui nous prennent donc les refondateurs ? Tout ici, porte effectivement à croire que ce sont eux qui ont tué Boga Doudou !

Bref, elle tuera, cette machine ; c’est sa raison d’être. Elle tuera, pour l’affirmation du ‘‘combat du frère’’ ; elle tuera, car elle n’a appris que cela : tuer. Faire couler le sang, souiller la terre meurtrie de ce pays naguère de paix et de concorde ― fragiles certes, mais concorde tout de même. Elle tuera, enfin, pour le triomphe des névroses d’un monarque dépassé, malade de sa propre image, et déguisé en chef d’Etat. Ah, où nous conduira cette tornade de feu ? Combien d’entre nous fera-t-il exécuter pour l’avènement de son règne ? Que lui a fait de mal ce peuple, pour qu’il lui inflige tant de tourments, tant de peines sauvages ? Et comme me reviennent à la mémoire, ces vers lumineux que Senghor(4) prête à ‘‘La Voix blanche’’, dans le procès de Chaka. (Re) lis donc ces vers, Lorenzaccio mio, et vois comme ils semblent si bien s’adresser à toi :
(…) avoueras-tu les millions d’hommes pour toi exterminés
Des régiments entiers des femmes lourdes et des enfants de lait ?
Toi, le grand pourvoyeur des vautours et des hyènes,
le poète du Vallon-de-la-Mort. (…)
Les ravins sont torrents de sang, la fontaine source de sang
Les chiens sauvages hurlent à la mort dans les plaines
où plane l’aigle de la Mort
O Chaka toi Zoulou, toi plus-que-peste et feu roulant de brousse »
Et la Voix blanche peut conclure : « Le plus grand mal, c’est de voler la douceur des narines ».
Dans ce même registre, Lorenzo, je t’invite aussi à revisiter Hugo, dans Hernani (que tu connais très bien), pour nous enivrer, rien que pour la dernière fois, du plaisir des belles Lettres.

Note:
4/ Je fais souvent référence à ce texte dans le cadre des analyses que je produis sur la crise ivoirienne. C’est un poème majeur de Senghor qui nous éclaire sur la tragédie du pouvoir. Nos inspecteurs de l’Enseignement secondaire ont raison de le toujours maintenir au programme.

Présidentielle 2008 ( ?) (7): la sécession gbagboïste - une folie réalisable

La troisième phase du tourment que la Côte d’Ivoire va vivre à l’issue de ces élections, est la sécession gbagboïste. C’est la phase ultime de la folie de l’autocrate : créer à l’Ouest, un Etat autonome de la Côte d’Ivoire. Le Nigeria, le Bénin, le Togo et le Ghana de Kuffor, ne lui donneront aucun soutien dans ce sens. Gbagbo n’aime pas Yayi Boni (un disciple de Banny) ; il se méfie du jeune Faure Eyadéma dont le père fut un disciple d’Houphouët ; il déteste aussi Kuffor ; ce dernier le lui rend bien, qui était d’ailleurs pour la suspension de notre Constitution l’année dernière, à l’ONU. Et Gbagbo lui en veut, surtout pour cela.

Pour la sécession qu’il envisage de faire, il compte sur l’appui de la Guinée de Lassana Conté (un autre tueur), du Cameroun de Biya (qui s’est opposé à la suspension de notre Constitution), de la Sierra Leone, du Liberia, de la Guinée Bissau, de l’Afrique du Sud, de l’Angola et du Rwanda. Les trois derniers pays sont prêts à reconnaître immédiatement le nouvel Etat. Il a, entre-temps, sécurisé le Port de San Pedro à cette fin. Les terres fertiles du pays bété (boucle du café et du cacao), le pétrole, le gaz, quelques autres richesses du sous-sol de cette région, lui garantissent des potentialités économiques réelles, susceptibles de rendre viable, une folle sécession ; surtout qu’il s’est réconcilié avec les populations burkinabè (main d’œuvre garantie) auxquelles des cadres de l’ouest offrent les terres qu’ils ont arrachées aux paysans baoulé.

Gbagbo aura ainsi un Etat placé sous son contrôle effectif et définitif, réalisant là, le vieux rêve qui a peuplé ses nuits d’adolescent envieux du confort des riches de ce monde : devenir riche, lui aussi ; riche, puissant, craint et respecté ; être appelé, jusqu’à ses derniers jours (comme Houphouët), Son Excellence Monsieur le président de la République. Voilà un des vieux fantasmes de celui qui préside actuellement aux destinées de notre pays. Il rêve surtout de régner autant, sinon plus longtemps que Félix Houphouët-Boigny. Et il est prêt à se tailler une Constitution à sa mesure.

Gbagbo aime le pouvoir ; il en a rêvé depuis l’adolescence. Il l’a ardemment désiré, convoité, courtisé, prêt à tout (conflit, protestation, troubles, complots, arrangements, compromission, alliances dangereuses, force, etc.), pour y parvenir. Et il y est parvenu. A force d’intrigues.

Laurent Gbagbo aime le pouvoir, les honneurs, la richesse, le luxe et surtout, les femmes ! Ce n’est pas un délit en soi, mais ce sont là, des choses (surtout la passion du harem) qui s’accommodent mal du bon exercice du pouvoir politique. De nombreux cadres de son parti viennent de découvrir ce visage de lui qu’il avait habillement su dissimuler, du temps des frondes épiques contre le pouvoir d’alors. Et ces cadres en parlent à présent, à mots non voilés, dans l’intimité d’échanges fraternels qu’il m’arrive d’avoir avec certains d’entre eux. De nombreux Ivoiriens ne connaissaient pas non plus ce visage-là, de celui qu’ils croyaient être l’incarnation de l’intégrité, de la simplicité et du dépouillement. Les récentes ‘‘sorties’’ de Simone, son épouse, ainsi que celle de son Pasteur Koré Moïse, qui ont dénoncé en des termes sans équivoque, les pratiques impudiques qui avaient cours sous ce régime, sont à cet égard, très significatives. Les Ivoiriens et leur sens décapant de l’humour disent : « C’est quand moisi a percé, qu’on découvre son vrai visage ».

Laurent Gbagbo aime l’argent. Il en prenait chez Bédié (quand il était opposant5) ; il en a pris avec Robert Guéi. Ce dernier, après qu’il eut perdu le pouvoir (dupé par Gbagbo), menaçait de tout révéler à l’opinion ; d’où l’urgence de le faire taire à jamais. Ce qui a été fait ! Salement. Dans le brouillamini des événements du 19 septembre 2002 — qu’on a vu venir, et qu’on a laissés se faire de manière consciente et calculée : en profiter pour liquider physiquement Bédié, Alasanne et Guéi. Le dernier (un général d’armée) s’est fait surprendre (avec la complicité du clergé catholique), et a été tué ; tout son entourage immédiat a été massacré, afin de s’assurer du silence absolu et définitif sur les forfaitures financières de Gbagbo.

Laurent Gbagbo a pris de l’argent avec Alassane Ouattara ; il en a reçu de Kadhaffi (200 millions) avec lesquels il avait entamé les travaux d’achèvement de sa maison de Mama. Je devine qu’il a dû en recevoir de l’ex-gouverneur de la Bceao Charles Konan Banny, qui croyait, en ce temps-là, être en présence d’un ami. Non, Gbagbo n’est pas Gandhi. Il n’a pas non plus l’âme d’un Mandela ou de A. Toumani Touré. Il est une mauvaise synthèse d’Houphouët (par l’amour de la richesse et l’encouragement au gain facile et illicite), de Nkrumah (par le culte de soi), d’Idi Amine (par sa culture du rire gras et spectaculaire) ; enfin, de Sékou Touré (par l’habileté à l’intrigue, l’invention de complots et le courage de faire tuer ! Froidement ! Au nom de l’Etat). En Côte d’Ivoire, on appelle cela « être patriotes », ou être un « défenseur de la légalité républicaine ». Un trait unit tous ces dirigeants : la passion du pouvoir. Cette passion a fait d’eux, des autocrates. Et Laurent Gbgabo (acquis aux vertus de la démocratie dans son passé d’opposant), a fini par devenir un redoutable autocrate, en expérimentant chaque jour, la douceur et les fastes du pouvoir, ainsi que la réalité de l’âme servile des courtisans et autres larbins des Palais. C’est un roi nègre dans des habits de chef d’Etat d’une République ! Un dirigeant dépassé. Comme Henri Konan Bédié-le-prince-des Nambè, l’enfant-béni-des-eaux-et-de-la-pluie ! Mystification ! Comme aussi, et même, Alassane Ouattara-le-prince-de-Kong-la-fabuleuse ! Tous dépassés ! Des ostrogoths politiques !

Note:
5/ Cissé Bacongo y fait allusion dans son livre sur le parcours d’Alassane Ouattara.

Présidentielle 2008 ( ?) (8): La sécession gbagboïste (2)- névrose de la régence

Voilà campé le personnage de Gbagbo. Il est prêt à tout céder (son parti, une part des richesses de la Côte d’Ivoire, ses convictions idéologiques) pourvu qu’on lui laisse le titre de président de la République, et qu’il soit le chef d’un Etat. Même si on venait à tout lui arracher et qu’on ne lui laissait que Cocody qu’on décréterait « Etat » placé sous son contrôle, il accepterait. Rappelez-vous la promptitude avec laquelle, à Kléber, il a accepté que l’on donne les ministères de la Défense et de la Sécurité aux rebelles (inouï !) et cela, contre l’avis de Konan Bédié qui avait refusé énergiquement cette concession, qu’il estimait « trop large », faite à ceux qui avaient pris les armes contre le pays. Gbagbo était prêt à tout céder aux rebelles, à Kléber, sauf le titre de président de la République. On nous a dit après, que, s’il n’avait pas fait cela, les Blancs l’auraient tué. Je réponds : et alors ? Le courage ne consistait-il pas, justement, à braver la mort et à dire « Merde » à ces Blancs qui voulaient nous imposer des rebelles au sein du gouvernement légal ? Un pouvoir que nous autres, défendions alors ici, avec acharnement et conviction, au prix de notre vie — cette crise aurait pu tourner à l’avantage des rebelles. Notre Soundjata de chef : un gros peureux donc qui mouille devant de petits Blancs !!! Une honte pour l’Afrique !

Bref, Gbagbo aime le pouvoir. Une des raisons fondamentales de son refus de continuer à travailler avec Charles Konan Banny se trouve là : il suspectait ce dernier (qui est loin d’être le naïf et inoffensif qu’on croit) de convoiter le fauteuil présidentiel et de conspirer contre lui. Et, stratège affirmé, il s’est dit ceci : si je laisse cet homme réussir sa mission (et Banny était sur la voie de réussir sa mission), c’est lui que les Ivoiriens voudront, logiquement, prendre comme futur président ; et je perdrai le pouvoir.

Le pouvoir ! Ce à quoi Soro, les cheveux encore noirs, le menton encore lisse, ne peut prétendre pour le moment – il n’en a pas l’âge. Les billets de la BCEAO suffisent, pour l’heure, à le rendre heureux ! Ces billets acquis par pillage des agences BCEAO de Bouaké, de Korhogo et de Man ; ces billets acquis par pillage des richesses de notre pays et vendues au Burkina-Faso ; ces billets acquis par spoliation des populations que les rebelles ivoiriens ont soumises par les armes ; mais aussi et enfin, des billets acquis légalement dans l’administration buissonnière de hauts postes ministériels, grassement payés. Sans fournir aucun travail. Merveilleuse Côte d’Ivoire ! Qui a dit que ce pays n’était pas béni de Dieu ? Moi seul, certainement ! Je devais être fou en ce temps-là !

Mais pourquoi donc, après le vacarme de la fameuse « Flamme de la paix » qui célébrait le mariage touchant entre Gbagbo et Soro, nos populations continuent-elles de vivre sous le joug des armes de la rébellion ? Pourquoi ne désarment-ils pas ? Que signifie cette ‘‘paix armée ?’’ Et pourquoi Laurent Gbagbo n’exerce-t-il plus aucune pression réelle sur ces gens pour qu’ils libèrent nos populations du Nord, du Centre et de l’Ouest fatiguées de subir les outrages de ces voyous ? Et pourquoi le RHDP n’encourage-t-il pas au désarmement ? On le voit : le non désarmement arrange tous ces busines men de la politique. Le PDCI, le RDR, les refondateurs, le MPCI.

Quel est, au bout du compte, le tableau socio politique qui est laissé aux Ivoiriens ? Rien, rien d’autres que trois évidences désolantes qui devraient pouvoir nous alarmer :

1 - Une rébellion (ou ce qu’il en reste) qui a achevé de nous convaincre de qu’elle n’était porteuse d’aucun idéal sérieux ! Soro Guillaume nous a suffisamment fait étalage de ses limites intellectuelles et politiques dans la lecture d’une rébellion comme celle-là qui a commis l’erreur de faire de lui, son porte-parole. Qu’il n’ait pas la foi sacrificielle et bellement suicidaire du Che, n’est pas le moindre de ses crimes ; il n’as pas, surtout, l’âme d’un rêveur ni l’étoffe d’un utopiste : il ne peut incarner aucun idéal sérieux. C’est un ‘‘petit’’ homme du monde, fait pour se contenter de plaisirs et d’honneurs terrestres, car aucun vrai révolutionnaire ne monnaie sa révolution pour un poste administratif. Jamais !

2 - Un régime qui nous a aussi suffisamment donné la preuve de son incapacité à sortir le pays de l’impasse dans laquelle nous végétons lamentablement, excepté les refondateurs et leurs soutiens, ainsi que les ministres du RHDP et quelques rebelles devenus gras. Le Pr Sidick a bien perçu la grave lacune que traîne sur lui, comme un manteau de Nessus, ce pouvoir délinquant et ses affidés : « Prenant conscience de la faiblesse de son armée et n’ayant pas pu convaincre les autres pays à livrer la guerre pour tuer son propre peuple qu’il dit aimer et pour lequel il dit gouverner, il (Gbagbo) découvre que son trône est en danger. Comme la reine Pokou devant le fleuve, Gbagbo doit faire un sacrifice s’il veut sauver son pouvoir. Gbagbo sacrifie (alors) son Premier ministre et partage la dépouille de son gouvernement. Il décide comme mesure d’accompagnement de laisser les pontes du FPI piller en toute impunité l’économie nationale. Gbagbo ouvre officiellement et légalise la prédation en Côte d’Ivoire XXXX ». On le voit : c’est un régime vampirique et dangereux pour la santé du pays, que nous abritons de nos complaisances. Il faut donc faire partir ce régime, par tous les moyens démocratiques.

3 – Enfin, une opposition, conduite par Bédié, Ouattara, Wodié, Anaky et Mabri Toikeuse, et incarnée par les deux premiers cités, qui a besoin qu’on la débarrasse de cette mission apparemment trop compliquée pour elle, ou trop lourde pour les épaules, fatiguées, de Bédié et de Ouattara. Non, notre opposition ne vaut, politiquement, rien. Elle n’effraie nullement Gbagbo qui s’en amuse d’ailleurs, encourage et entretien même l’état végétatif dans lequel elle est en ce moment, en attendant de lui asséner, traîtreusement, le coup fatal.

Présidentielle 2008 ( ?) (9) : La sécession gbagboïste (3) - Le jeu trouble et irresponsable du RHDP

Tous, y trouvent finalement leur compte : Gbagbo et ses mangeurs, ses patriotes et autres obscurs défenseurs de la légalité républicaine (style Fologo, Claverie et autres suiveurs impénitents des princes de ce monde) ; Alasanne et ses talibés et ses fanas ; Bédié et ses suiveurs ; Soro et ses dozos et ses cow-boys désoeuvrés ; toute l’administration ivoirienne enfin, sans plus le regard des contrôleurs et inspecteurs financiers. Ils bouffent, ils bouffent ohooo, frères, ils bouffent ! Tous !

C’est pourquoi ils ne sont pas pressés que les choses changent.
Que faire, Ivoiriens ? Que faire ? Apparemment, Bédié, Dakoury, Wodié, Mabri, Alasanne et Anaky, ont peur d’affronter Gbagbo. Allons-nous continuer de nous voiler la face et laisser le pays entre les mains de gens qui ne peuvent pas nous faire avancer ? Qui d’entre nous peut-il se nourrir de l’espoir naïf que Gbagbo acceptera le verdict des urnes qui consacrera sa défaite à ces élections ? Car, logiquement, selon la loi du nombre, Gbagbo n’a aucune chance de remporter des élections face au PDCI et au RDR qui, à eux seuls, réunissent près des trois quarts de l’électorat. Pourvu que ces deux partis jouent intelligemment le coup — ce qui est une autre paire de manches. Gbagbo sait très bien qu’il ne serait pas aujourd’hui assis dans le fauteuil présidentiel si, en 2000, il n’avait pas triché avec Robert Guéi et Tia Koné pour éliminer les candidats qui devraient être logiquement en tête du premier tour (Bédié et Ouattara). Il sait tout cela. Il sait qu’il n’a aucune chance de remporter des élections face à un tandem PDCI-RDR.

Pour les refondateurs, aussi bien que pour Soro et la branche de rebelles apparemment acquise, comme lui, à la cause du dictateur, il est donc plus que vital que Gbagbo conserve le pouvoir. L’occasion est donc arrivée pour moi d’exposer les deux autres raisons qui rendent très conflictuelle, voire apocalyptique, la prochaine présidentielle, en même temps qu’elles jettent des faisceaux de lumière sur le comportement politique actuel de Soro et de ‘‘ses’’ rebelles.

Présidentielle 2008 ( ?) (10): la hantise de l’avenir (1)

Les refondateurs savent au fond d’eux-mêmes, qu’ils ont démérité et trahi les espoirs et la confiance des Ivoiriens. Ils savent que, fini ce présent mandat, les Ivoiriens, désabusés et fatigués de leur règne impudique et improductif sur la cité, ne leur redonneront plus (ou pas de sitôt en tout cas) aucune occasion d’exercer leurs talents de destructeur en Côte d’Ivoire. Ils savent que la refondation n’a plus d’avenir dans ce pays. C’est pourquoi ils cherchent à se convertir en houphouétistes, se mêlant même de disputer l’houphouétisme aux promoteurs du néo houphouétisme. Mais les refondateurs savent surtout qu’une victoire de l’opposition serait le prélude à la naissance de la troisième République à laquelle les vrais patriotes de ce pays s’attèlent. Et elle verra le jour, cette troisième République. Elle verra et DOIT voir le jour, afin de nous faire oublier les violences improductives de la deuxième qui aura été la République du tourment et de la honte. Elle verra le jour, à l’issue d’un nécessaire toilettage de notre Constitution. Ce toilettage devra se faire au cours d’une vraie Transition (civile ou militaire ou civilo-militaire – qu’importe) que devront diriger les (vraies) Forces patriotiques.

Ce sera alors le temps de l’INVENTAIRE : inventaire du pillage, inventaire des crimes, inventaire des insuffisances, inventaire des mensonges républicains et patriotiques, inventaire du désastre. Car la refondation aura été une calamité sur la tête et le dos des Ivoiriens : un règne absurde et intolérable. Il nous faudra donc instaurer cette tradition de l’inventaire afin que les futurs dirigeants sachent ce qui les attend à la fin de leur règne et même, pourquoi pas, durant leur règne.


C’est pour n’avoir pas cultivé cette tradition, que nos peuples continuent de subir les ‘‘mal gouvernances’’ des tropiques qui se succèdent en traînant, toutes, les mêmes tares, les mêmes insuffisances… comme si tout cela était une belle malédiction à conserver jalousement ! Ecoutons ainsi Laurent Gbagbo donner la réponse à une question à lui posée par un journaliste, sur radio Onuci FM, sur la corruption de la Justice dans notre pays : « Mais vous venez d’arriver ici ou bien quoi ? Parce que notre justice là, il y a longtemps qu’elle est comme ça, avant même que je ne sois président » - quotidien Soir Info, du 07 mars 2008. A peine croyable !

Observez la faiblesse navrante du niveau de langue, la pauvreté de l’analyse. Pour un chef d’Etat ! Mais surtout, de la part d’un universitaire ! Désolant ! Houphouët (qui se réclamait de la paysannerie) nous avait habitués à mieux que cela, voyons ! Allons, répondons donc au roi : « Mais, Nanan Gbagbo, o toi grand roi, n’était-ce pas pour mettre fin à tout cela que tu avais sollicité notre suffrage ? N’était-ce pas pour ‘‘diriger autrement’’ que tu avais dénoncé, sous les autres régimes, ces maux dont nous souffrions alors ? Or donc, sa Majesté, vous nous sollicitâtes et obtîntes notre suffrage, pour reconduire et entretenir cette corruption au profit de votre régime et au détriment du peuple ? Mais grand roi, quand tu as fini de reconnaître, toi-même, que notre justice est corrompue, qu’attend-tu pour ordonnancer la libération du jeune Assalé qui croupit depuis près de trois mois en prison à la Maca, pour avoir dénoncé cette même corruption ? »…

Parlez des maux de notre société à un refondateur ; il vous répondra, le regard fiévreux : « Mais ces choses-là existaient avant nous. Ce n’est pas Gbagbo qui les a inventées. » Et il se sentira satisfait d’avoir dit cela ! Qui changera donc les choses ? Pas les refondateurs en tout cas. Et c’est pourquoi la III e République devra être celle de l’inventaire.

Présidentielle 2008 ( ?) (11) : la hantise de l’avenir (2): le droit d’inventaire

Ils sont nombreux, les refondateurs (des plus illustres aux plus anonymes) qui figurent sur la liste des criminels qui comparaîtront devant le TPI. Ils portent, dans les dossiers qui les accablent, maint crime crapuleux perpétrés sur : Benoît Dakoury, Emile Téhé, Robert Guéi, ASH, Boga Doudou, Jean Hélène, les morts du Boulevard de la Vie (filmés par J.-P. Dahili – repos à son âme !), G.-André Kieffer, les plus de 200 morts, assassinés, du 25 mars 2004, le jardinier de Ouattara, séquestré par des hommes du Palais, martyrisé et froidement tué dans des locaux du palais de la présidence (selon toutes vraisemblances), puis jeté dans la lagune. Et bien d’autres crimes encore.

La situation est la même, du côté des rebelles : ils savent qu’ils sont la cible du TPI : celui qui a ordonné l’exécution des 93 gendarmes de Bouaké qu’il a fait enterrer dans une fosse commune ! Ceux qui ont fait éclater les sexes des danseurs d’Adjanou de Bouaké en tirant des balles dans leurs intimités féminines (les scènes ont été filmées) ; celui qui a fait mourir d’étouffement une soixantaine de personnes, des êtres humains, enfermés dans un conteneur exposé sous le soleil de Korhogo ; ceux qui ont brûlé des êtres humains dans les villes de l’Ouest montagneux, violé des femmes, blessé et marqué à vie, des milliers d’Ivoiriens, etc. Le TPI a ces dossiers. Et tous ces assassins seront capturés, le moment venu, et mis à la disposition de la Justice internationale.

Ils seront jugés tout comme Milosevic (à la peau Blanche) l’a été. Ils seront jugés tout comme Pinochet (à la peau Blanche) a été jugé. Ils seront jugés… comme Charles Taylor (à la peau noire) est jugé en ce moment. Ils seront jugés car cette Justice n’est ni raciale, ni raciste. Elle se veut Justice, pour rappeler à tous ceux qui ont humilié leurs semblables et offensé l’éthique millénaire des nations civilisées (le respect de la vie), que nul n’est au-dessus de la loi. Et pour cela, les refondateurs comparaîtront devant le TPI… dès qu’ils ne seront plus au pouvoir. C’est le sens du combat que je mène. Exactement comme, en Europe, des intellectuels et des hommes droits se sont engagés dans le combat contre les ex nazis en continuant de les traquer et les débusquer, et cela, plus d’un demi siècle après la tragédie des Juifs. Et je traquerai les criminels d’entre les refondateurs, ainsi que les assassins d’entre les rebelles. C’est le combat de ma vie, et je le mènerai, sans concession. Afin que plus jamais, dans ce pays, un dirigeant voyou ne pousse ses militants au crime facile et impuni.

Les refondateurs ont peur du TPI. C’est pourquoi ils s’accrocheront au pouvoir. Et c’est aussi pourquoi ils sont soutenus en ce moment par la branche gbagboïste de la rébellion, coupable d’exactions pendables, qui se cachait au sein des Forces nouvelles. Le combat que ces deux alliés se préparent à livrer aux forces internes du refus de la dictature en spoliant le peuple ivoirien d’une victoire évidente, réunit tous les risques d’être un affrontement sans merci, sanglant et même suicidaire. Nous ne sommes pas loin du syndrome Kenyan et même du Rwanda, chers compatriotes. Ne vous fiez pas au climat apparent d’apaisement. Les grandes catastrophes ont toujours été précédées d’un silence majestueux. Je vous le répète : qu’il conserve le pouvoir ou qu’il le perde, Gbagbo va faire tuer beaucoup de gens. Sommes-nous prêts à en découdre avec le dictateur ? Ce dernier est-il sûr d’avoir les moyens de tuer (au propre et au figuré) plus de la moitié des Ivoiriens ?

Voilà légèrement exposés, les différents enjeux des prochaines élections : la préservation d’un pouvoir, en vue de continuer de jouir des fastes de la régence et se protéger du TPI ; la restauration d’un pouvoir perdu, en vue de prendre une revanche sur l’histoire et laver l’humiliation de décembre 1999 ; la prise du pouvoir, afin de parachever un combat identitaire et satisfaire un ego individuel ou collectif. Ces différents enjeux sont incarnés par Gbagbo et le FPI, Bédié et le PDCI, Ouattara et le RDR. Nulle part, vous n’y verrez le souci de relever l’image de la Côte d’Ivoire et de créer une « Société de confiance » — selon l’heureuse terminologie d’Alain Peyrefitte. Ce ne sont pas des ambitions constructives ; ce ne sont pas des utopies capables d’exalter un peuple et l’emmener à la sublimation de soi ; bien au contraire, elles nous donnent, toutes, des raisons d’avoir peur de ces élections, surtout quand on pense au cri de ‘‘guerre’’ du FPI : « On gagne ou on gagne ». C’est l’alternative absolutiste qui nie l’alternative en tant que choix et levier de la démocratie. C’est la plus belle et la plus horrible affirmation de la dictature que je n’aie jamais entendue. Ce slogan est, en soi, une menace pour la stabilité de ce pays, un défi à la démocratie ; pis, une offense à la sagesse. Et il est promu par les refondateurs !

Présidentielle 2008 ( ?) (12) : la hantise de l'avenir (3) : le Tribunal Pénal International

Ils sont nombreux, les refondateurs (des plus illustres aux plus anonymes) qui figurent sur la liste des criminels qui comparaîtront devant le TPI. Ils portent, dans les dossiers qui les accablent, maint crime crapuleux perpétrés sur : Benoît Dakoury, Emile Téhé, Robert Guéi, ASH, Boga Doudou, Jean Hélène, les morts du Boulevard de la Vie (filmés par J.-P. Dahili – repos à son âme !), G.-André Kieffer, les plus de 200 morts, assassinés, du 25 mars 2004, le jardinier de Ouattara, séquestré par des hommes du Palais, martyrisé et froidement tué dans des locaux du palais de la présidence (selon toutes vraisemblances), puis jeté dans la lagune. Et bien d’autres crimes encore.

La situation est la même, du côté des rebelles : ils savent qu’ils sont la cible du TPI : celui qui a ordonné l’exécution des 93 gendarmes de Bouaké qu’il a fait enterrer dans une fosse commune ! Ceux qui ont fait éclater les sexes des danseurs d’Adjanou de Bouaké en tirant des balles dans leurs intimités féminines (les scènes ont été filmées) ; celui qui a fait mourir d’étouffement une soixantaine de personnes, des êtres humains, enfermés dans un conteneur exposé sous le soleil de Korhogo ; ceux qui ont brûlé des êtres humains dans les villes de l’Ouest montagneux, violé des femmes, blessé et marqué à vie, des milliers d’Ivoiriens, etc. Le TPI a ces dossiers. Et tous ces assassins seront capturés, le moment venu, et mis à la disposition de la Justice internationale.

Ils seront jugés tout comme Milosevic (à la peau Blanche) l’a été. Ils seront jugés tout comme Pinochet (à la peau Blanche) a été jugé. Ils seront jugés… comme Charles Taylor (à la peau noire) est jugé en ce moment. Ils seront jugés car cette Justice n’est ni raciale, ni raciste. Elle se veut Justice, pour rappeler à tous ceux qui ont humilié leurs semblables et offensé l’éthique millénaire des nations civilisées (le respect de la vie), que nul n’est au-dessus de la loi. Et pour cela, les refondateurs comparaîtront devant le TPI… dès qu’ils ne seront plus au pouvoir. C’est le sens du combat que je mène. Exactement comme, en Europe, des intellectuels et des hommes droits se sont engagés dans le combat contre les ex nazis en continuant de les traquer et les débusquer, et cela, plus d’un demi siècle après la tragédie des Juifs. Et je traquerai les criminels d’entre les refondateurs, ainsi que les assassins d’entre les rebelles. C’est le combat de ma vie, et je le mènerai, sans concession. Afin que plus jamais, dans ce pays, un dirigeant voyou ne pousse ses militants au crime facile et impuni.

Les refondateurs ont peur du TPI. C’est pourquoi ils s’accrocheront au pouvoir. Et c’est aussi pourquoi ils sont soutenus en ce moment par la branche gbagboïste de la rébellion, coupable d’exactions pendables, qui se cachait au sein des Forces nouvelles. Le combat que ces deux alliés se préparent à livrer aux forces internes du refus de la dictature en spoliant le peuple ivoirien d’une victoire évidente, réunit tous les risques d’être un affrontement sans merci, sanglant et même suicidaire. Nous ne sommes pas loin du syndrome Kenyan et même du Rwanda, chers compatriotes. Ne vous fiez pas au climat apparent d’apaisement. Les grandes catastrophes ont toujours été précédées d’un silence majestueux. Je vous le répète : qu’il conserve le pouvoir ou qu’il le perde, Gbagbo va faire tuer beaucoup de gens. Sommes-nous prêts à en découdre avec le dictateur ? Ce dernier est-il sûr d’avoir les moyens de tuer (au propre et au figuré) plus de la moitié des Ivoiriens ?

Voilà légèrement exposés, les différents enjeux des prochaines élections : la préservation d’un pouvoir, en vue de continuer de jouir des fastes de la régence et se protéger du TPI ; la restauration d’un pouvoir perdu, en vue de prendre une revanche sur l’histoire et laver l’humiliation de décembre 1999 ; la prise du pouvoir, afin de parachever un combat identitaire et satisfaire un ego individuel ou collectif. Ces différents enjeux sont incarnés par Gbagbo et le FPI, Bédié et le PDCI, Ouattara et le RDR. Nulle part, vous n’y verrez le souci de relever l’image de la Côte d’Ivoire et de créer une « Société de confiance » — selon l’heureuse terminologie d’Alain Peyrefitte. Ce ne sont pas des ambitions constructives ; ce ne sont pas des utopies capables d’exalter un peuple et l’emmener à la sublimation de soi ; bien au contraire, elles nous donnent, toutes, des raisons d’avoir peur de ces élections, surtout quand on pense au cri de ‘‘guerre’’ du FPI : « On gagne ou on gagne ». C’est l’alternative absolutiste qui nie l’alternative en tant que choix et levier de la démocratie. C’est la plus belle et la plus horrible affirmation de la dictature que je n’aie jamais entendue. Ce slogan est, en soi, une menace pour la stabilité de ce pays, un défi à la démocratie ; pis, une offense à la sagesse. Et il est promu par les refondateurs !

Présidentielle 2008 ( ?) (13) : Rester digne

Et ce sont ces gens-là que d’illustres personnalités politiques d’hier, de notre pays, veulent soutenir. Danielle-Boni Claverie, Martine Djibo, Laurent-Dona Fologo et autres. Libre à ces personnalités de vouloir prendre le risque de salir l’honorabilité de leurs noms dans cette sale affaire. Je voudrais tout simplement leur dire ceci, en connaissance de cause : les récriminations que avez pu avoir contre des dirigeants de votre parti ne doivent pas vous emmener à aller soutenir l’adversaire farouche d’hier qui est à la base de vos déconvenues. Ne mêlez pas vos noms aux crimes que ces gens vont commettre, sinon, vous allez vous retrouver, tous, devant le TPI. Réfléchissez-y, à plusieurs reprises, avant d’aller soutenir ce régime d’assassins. Le TPI ne plaisante pas — il l’a déjà montré. Sachez demeurer ou sortir de l’histoire, dans l’honneur et la dignité des noms que vous portez. Vous n’êtes plus à un âge où on recommence la vie…

Celui qui vous dit ces choses n’est pas un militant de votre ex parti ; il a même combattu votre parti dans le passé ; et il n’hésitera sans doute pas à le combattre de nouveau, demain, quand ce parti reviendra au pouvoir. Parce que tout simplement, je m’accommode mal de la cohabitation avec les vainqueurs. C’est vrai, ça m’ennuie d’être longtemps en compagnie de ceux qui ont gagné. Parce que cela me paraît trop facile ! Oui, je vous ai critiqués hier, et j’estime avoir bien fait : vous n’étiez plus des gens sérieux, et l’habitude d’être au pouvoir vous avait rendus impolis, prétentieux, hostiles à la critique et à la remise en cause. Mais je me dois de reconnaître, qu’à la comparaison (et tous les Ivoiriens le réalisent aujourd’hui), votre ex parti, le PDCI et son président Félix Houphouët-Boigny, ont fait du bon travail : vous avez vraiment construit la Côte d’Ivoire. Et chaque jour, nous découvrons l’étendue du travail que vous avez abattu : ces autoroutes, ces immeubles, ces quartiers, ces écoles, ces hôpitaux, la SIR, Yamoussoukro, ces immenses plantations, ces Instituts de recherches agronomiques, ces restes de jardins agonisants, ces forêts classées, ces cours d’eau, toutes ces réalisations (dont nous nous montrons incapables d’en assurer la maintenance), ces cadres compétents et performants, etc., sont le produit palpable, visuel et indiscutable de votre travail...


Comme de nombreux enseignants prétendus hommes de gauche, de ma génération, je vous avais combattus, persuadé qu’arrivés au pouvoir, nous ferions mieux que vous. Non, nous n’avons pas fait mieux que vous ; nous n’avons même pas fait autant que vous. Certes, vous n’avez pas été plus propres que les refondateurs dans la gestion des biens publics — lacune de tous les régimes nègres; mais vous au moins, vous avez laissé quelque chose ; vous avez construit un pays. Eux, ne laissent rien et ne laisseront rien d’autre que le souvenir pénible des crapuleux crimes économiques et humanitaires qu’ils ont commis. Vous ne pouvez pas, aujourd’hui, renier tout cela en allant vous jeter dans les bras d’un ersatz politique qui n’a ni l’auréole historique, ni le bilan ni les compétences que vous avez. Un peu de hauteur !


Ce qui est arrivé à ce pays depuis les premiers jours de cet énigmatique coup d’Etat de décembre 1999 jusqu’aujourd’hui, est grave ; de la gravité des faits décisifs qui réorientent la trajectoire historique d’un pays. Je n’ai eu de cesse de l’écrire : trop de sang a été versé sur la terre ivoire. Par la faute et les mains de ces gens qui sont aujourd’hui au pouvoir. Trop de paroles mauvaises ont été proférées. Par la faute et la bouche de nombre d’entre nous qui avions manqué alors de sagesse et de self control. La mémoire du sang est tenace. La terre offensée de ce pays réclame et exige réparation des fautes : le sang de ceux qui ont été lâchement abattus durant les jours mauvais de cette sale crise certes, mais aussi le sang du Guébié répandu sous Houphouët. La fixation qu’on fait sur les élections me paraît donc et une fois de plus, nous détourner de l’essentiel et de l’utile. EXORCISONS d’abord la malédiction qui pèse sur nos têtes. Ce pays et ses dirigeants ont péché. Il faut qu’ils posent l’acte de repentir, avant toute chose.

Les élections, les élections ! Aller aux élections, d’accord ; mais avec qui ? Comment ? Dans quel état d’esprit ? Avec quels candidats ? Les mêmes acteurs majeurs de ce mauvais drame qui paralyse le pays depuis des années ? Les mêmes Gbagbo, Bédié, Alassane et Tia Koné ? Lequel d’entre ces candidats est prêt à accepter la victoire de l’autre ? Que faire aussi, de ces personnalités tempétueuses ?...

Il y a pourtant une réponse à ces questions. Une réponse… efficace. Demandez à nos sociologues et aux savants de nos villages, comment, dans nos sociétés anciennes, on faisait ‘‘partir’’ les rois et les princes gênants. Je suis sûr que la recette existe. Nos sociétés modernes la connaissent. Fidel Castro et ses compagnons de la Sierra maestra l’ont appliquée ; Jerry Rawlings l’a appliquée ; Thomas Sankara, de même. Ce qui manque à notre pays, ce sont des gens (vraiment) courageux, prêts au sacrifice de leurs vies pour la Côte d’Ivoire : des samouraïs de l'utopie nationale. Je ne désespère pas d’en trouver. Il aura tout mon soutien et, je peux le rassurer, celui du peuple de Côte d’Ivoire. Car ce peuple est fatigué de ces dirigeants impossibles et improductifs.


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