lundi 17 mars 2008

Présidentielle 2008 ( ?) (5): le plan des refondateurs (4) - Le capital tribu

Je viens d’apprendre que Laurent Gbagbo ira passer la fête de Pâques en pays baoulé, précisément en terre kodê (Béoumi). L’affaire aurait été scellée par Amani Nguessan. L’opération consistera ici à le présenter comme l’ami des baoulés — comme s’il était nécessaire d’être aimé d’une tribu particulière, quand on est à la tête d’un Etat. Ceci est du primitivisme politique. Les opérations de charme, pour conserver le pouvoir ! Voilà tout le souci de cet homme. Peuples du centre, accueillez-le ; accueillez-le bien comme il sied dans nos traditions africaines de réserver un bon accueil à celui qui vient vous visiter. Mais ne croyez pas un seul des nombreux et gras sourires (il en a l’art) qu’il vous distribuera, car il sera allé chez vous uniquement pour chercher des électeurs, des voix, et non point par amour particulier pour vous. Après les élections, vous ne l’intéresserez plus. Déjà, opposant, il disait, plein de réalisme et de cynisme : « Je cherche des électeurs, non des militants ». Il vous donnera aussi de l’argent, beaucoup d’argent. Il n’a pas travaillé pour gagner cet argent, et il n’a jamais produit de la richesse. Prenez tout ce qu’il vous donnera — pour altérer un peu votre misère. De toute façon, c’est l’argent de la sueur du peuple de Côte d’Ivoire. Prenez, mais ne votez pas pour lui. Il est l’auteur de vos malheurs.

Bref, revenons à notre scénario — qui est loin d’être un puéril scénario. Au cours de ces élections, que se passera-t-il dans le pays baoulé ? C’est simple : à Bouaké et dans les villages environnants, la population baoulé sera interdite de vote par la milice de Guillaume Soro, commise à cette fin. Laurent Gbagbo n’est plus pressé de voir Soro désarmer ses troupes, à Bouaké, Man, Duékoué, etc. Que Soro maintiennent les baoulé, les wê et les guéré (nombre d’entre ces derniers sont d’ailleurs acquis à la cause du PDCI et de l’UDPCI) sous le joug des armes, aussi longtemps qu’il le voudra, pense en réalité Gbagbo. Dans tous les cas, ce n’est pas lui, Gbagbo, qui en souffre. Daloa, Gagnoa, Mama, etc., ne sont pas aux mains des rebelles !

A Bouaké, le scénario sera à peu près le même que dans le pays bété : les baoulé opposeront une résistance à ceux qui voudront les empêcher d’aller donner leurs (nombreuses) voix au candidat de leurs choix. Troubles donc. La milice de Soro tirera sur la foule. Les troubles gagneront en intensité. Gbagbo aura ici, deux possibilités : prétexter de la situation d’insécurité au Centre pour légitimer (il en rêve) une descente militaire des FANCI, ou laisser à Soro, la tâche de pacifier la résistance (ou la rébellion) du Centre. La première voie lui donne l’occasion de rétablir l’autorité de l’Etat dans cette zone sous occupation illégale : sous le prétexte des troubles qui s’y dérouleraient, Gbagbo pourrait ordonner des opérations militaires d’épuration (et d’envergure) et réaliser, conséquemment, le même tableau apocalyptique qu’on aura vu à l’ouest : le massacre des baoulé. Il pourrait le faire d’autant plus qu’il pense qu’il ne sera accusé de quelque tuerie que ce soit, dans la mesure où le ministre de la Défense répond du nom d’Amani Nguessan. Un authentique baoulé. Gbagbo, habile, aura donc eu beau jeu de dire : « Ce n’est pas moi qui ai ordonné les descentes militaires dans le pays baoulé ; c’est le ministre de la défense, lui-même baoulé ». C’est une des raisons (peut-être même la plus essentielle) pour laquelle, Michel Amani Nguessan occupe ce poste… qu’il ne dirige même pas : tout ivoirien sait qu’il est, en réalité, détenu par Gahé Bertin et Lida Kouassi. Voilà le piège qui attend Amani.

Mais une victoire militaire des FANCI à Bouaké (chose facile aujourd’hui) n’intéresse plus réellement Gbagbo, car elle compliquerait les plans d’alliance avec Soro. C’est pourquoi il laissera à Soro et ses miliciens, le soin de mater la rébellion du Centre. Dans un cas comme dans l’autre, les tueries les plus importantes se feront à Bouaké et dans le pays bété.

Au total : les baoulé, poids important dans l’électorat akan du RHDP, devront être privés de possibilités de vote. En octobre 2000, sur inspiration des refondateurs, Robert Guéi, avec la complicité du président du Conseil constitutionnel, Tia Koné, avait éliminé de la compétition électorale, non seulement les candidats (Bédié et Ouattara) les plus représentatifs à ces élections, mais aussi, TOUT candidat susceptible d’avoir le suffrage de l’électorat PDCI ou du RDR ou des deux réunis. Pour l’élection à venir, Gbagbo n’a aucune possibilité de faire éliminer qui que ce soit ; et Tia Koné, ni celle de gloser sur la recevabilité d’aucune candidature : Ouattara et Bédié sont protégés par Marcoussis. Une seule possibilité de tricher est laissée à Gbagbo : empêcher les baoulé de voter. Il n’a pas peur de l’électorat du Nord : Mamadou Koulibaly, aidé en cela par l’inertie de Ouattara et de la plupart des ministres RDR (occupés à s’en mettre plein les poches), est en train de faire un beau travail dans le Nord du pays en déstabilisant de nombreuses bases de ce parti, au bénéfice du FPI. La récente razzia à Bouaflé, illustre bien mes propos.

Aux opérations d’obstruction déjà signalées, il faudrait ajouter celles de vandalisme et d’épuration, conçues par les refondateurs.

Présidentielle 2008 ( ?) (6): les crimes planifiés

Ici, sont prévus : l’incendie des sièges des journaux de l’opposition ; l’obstruction à la parution et diffusion de leurs journaux par le procédé déjà utilisé en novembre 2004 contre la presse libre ; enfin, l’élimination de personnes physiques bien ciblées. Figurent sur cette liste noire, entre autres, les noms suivants : Venance Konan, le Pr Koné Sidick, Assalé Tiémoko, Guy-Charles Wayoro, Christiane Djahué, Ama Téhua, le Pr Yacouba Konaté, Dégny Maixent (qui a déjà échappé de justesse aux tueries, en 2004), Tiburce Koffi, le Lt-colonel Jules Yao Yao, Constance Yaï, André Sylver Konan, Henri Amouzou, Anaky Kobénan, Mme Faust Didi, Claude Tamo, Me Blessi Chrisostome, Adjoumani, Me Jeannot Ahoussou K., Thomas Bahinchi, KKB, Me Metennon, Patrick Achi, Ayié Ayié Alexandre…

Dès les premiers coups de feu, ces personnes devront savoir que leur sort est scellé, si elles se trouvent encore sur le territoire ivoirien. Leurs domiciles ont été repérés et identifiés. La plupart d’entre elles sont suivies, espionnées par les exécuteurs des Hautes œuvres des refondateurs. C’est la même machine du meurtre qui a tué le médecin Dakouri, le comédien ASH, le député Téhé, les journalistes Jean Hélène, G.-André Kieffer, massacré l’entourage immédiat de Robert Guéi, tué l’étudiant Dodo Habib, etc. C’est peut-être la même machine qui a assassiné Boga Doudou dont le meurtre interpelle encore l’intelligence de tous ceux qui cherchent à comprendre les dessous de cette crise.

Les avis des spécialistes d’enquêtes sur les meurtres (que j’ai approchés à ce propos) sont formels : seuls des gens de l’entourage de Boga, munis de laissé passer, pouvaient franchir, ce jour-là, tous les barrages (ils étaient nombreux) dressés sur la rue qui menait au domicile du ministre de l’Intérieur, l’homme le plus et le mieux gardé de Côte d’Ivoire, jusque-là. Or, qui d’autres que des refondateurs de rang élevé, était proche de Boga Doudou, au point de franchir toutes ces barrières, sans être inquiété, surtout cette nuit-là… jusqu’à aller le tuer ? Tranquillement. Sans être capturé ou buté ? Où étaient ses gardes de corps ? Pour qui nous prennent donc les refondateurs ? Tout ici, porte effectivement à croire que ce sont eux qui ont tué Boga Doudou !

Bref, elle tuera, cette machine ; c’est sa raison d’être. Elle tuera, pour l’affirmation du ‘‘combat du frère’’ ; elle tuera, car elle n’a appris que cela : tuer. Faire couler le sang, souiller la terre meurtrie de ce pays naguère de paix et de concorde ― fragiles certes, mais concorde tout de même. Elle tuera, enfin, pour le triomphe des névroses d’un monarque dépassé, malade de sa propre image, et déguisé en chef d’Etat. Ah, où nous conduira cette tornade de feu ? Combien d’entre nous fera-t-il exécuter pour l’avènement de son règne ? Que lui a fait de mal ce peuple, pour qu’il lui inflige tant de tourments, tant de peines sauvages ? Et comme me reviennent à la mémoire, ces vers lumineux que Senghor(4) prête à ‘‘La Voix blanche’’, dans le procès de Chaka. (Re) lis donc ces vers, Lorenzaccio mio, et vois comme ils semblent si bien s’adresser à toi :
(…) avoueras-tu les millions d’hommes pour toi exterminés
Des régiments entiers des femmes lourdes et des enfants de lait ?
Toi, le grand pourvoyeur des vautours et des hyènes,
le poète du Vallon-de-la-Mort. (…)
Les ravins sont torrents de sang, la fontaine source de sang
Les chiens sauvages hurlent à la mort dans les plaines
où plane l’aigle de la Mort
O Chaka toi Zoulou, toi plus-que-peste et feu roulant de brousse »
Et la Voix blanche peut conclure : « Le plus grand mal, c’est de voler la douceur des narines ».
Dans ce même registre, Lorenzo, je t’invite aussi à revisiter Hugo, dans Hernani (que tu connais très bien), pour nous enivrer, rien que pour la dernière fois, du plaisir des belles Lettres.

Note:
4/ Je fais souvent référence à ce texte dans le cadre des analyses que je produis sur la crise ivoirienne. C’est un poème majeur de Senghor qui nous éclaire sur la tragédie du pouvoir. Nos inspecteurs de l’Enseignement secondaire ont raison de le toujours maintenir au programme.

Présidentielle 2008 ( ?) (7): la sécession gbagboïste - une folie réalisable

La troisième phase du tourment que la Côte d’Ivoire va vivre à l’issue de ces élections, est la sécession gbagboïste. C’est la phase ultime de la folie de l’autocrate : créer à l’Ouest, un Etat autonome de la Côte d’Ivoire. Le Nigeria, le Bénin, le Togo et le Ghana de Kuffor, ne lui donneront aucun soutien dans ce sens. Gbagbo n’aime pas Yayi Boni (un disciple de Banny) ; il se méfie du jeune Faure Eyadéma dont le père fut un disciple d’Houphouët ; il déteste aussi Kuffor ; ce dernier le lui rend bien, qui était d’ailleurs pour la suspension de notre Constitution l’année dernière, à l’ONU. Et Gbagbo lui en veut, surtout pour cela.

Pour la sécession qu’il envisage de faire, il compte sur l’appui de la Guinée de Lassana Conté (un autre tueur), du Cameroun de Biya (qui s’est opposé à la suspension de notre Constitution), de la Sierra Leone, du Liberia, de la Guinée Bissau, de l’Afrique du Sud, de l’Angola et du Rwanda. Les trois derniers pays sont prêts à reconnaître immédiatement le nouvel Etat. Il a, entre-temps, sécurisé le Port de San Pedro à cette fin. Les terres fertiles du pays bété (boucle du café et du cacao), le pétrole, le gaz, quelques autres richesses du sous-sol de cette région, lui garantissent des potentialités économiques réelles, susceptibles de rendre viable, une folle sécession ; surtout qu’il s’est réconcilié avec les populations burkinabè (main d’œuvre garantie) auxquelles des cadres de l’ouest offrent les terres qu’ils ont arrachées aux paysans baoulé.

Gbagbo aura ainsi un Etat placé sous son contrôle effectif et définitif, réalisant là, le vieux rêve qui a peuplé ses nuits d’adolescent envieux du confort des riches de ce monde : devenir riche, lui aussi ; riche, puissant, craint et respecté ; être appelé, jusqu’à ses derniers jours (comme Houphouët), Son Excellence Monsieur le président de la République. Voilà un des vieux fantasmes de celui qui préside actuellement aux destinées de notre pays. Il rêve surtout de régner autant, sinon plus longtemps que Félix Houphouët-Boigny. Et il est prêt à se tailler une Constitution à sa mesure.

Gbagbo aime le pouvoir ; il en a rêvé depuis l’adolescence. Il l’a ardemment désiré, convoité, courtisé, prêt à tout (conflit, protestation, troubles, complots, arrangements, compromission, alliances dangereuses, force, etc.), pour y parvenir. Et il y est parvenu. A force d’intrigues.

Laurent Gbagbo aime le pouvoir, les honneurs, la richesse, le luxe et surtout, les femmes ! Ce n’est pas un délit en soi, mais ce sont là, des choses (surtout la passion du harem) qui s’accommodent mal du bon exercice du pouvoir politique. De nombreux cadres de son parti viennent de découvrir ce visage de lui qu’il avait habillement su dissimuler, du temps des frondes épiques contre le pouvoir d’alors. Et ces cadres en parlent à présent, à mots non voilés, dans l’intimité d’échanges fraternels qu’il m’arrive d’avoir avec certains d’entre eux. De nombreux Ivoiriens ne connaissaient pas non plus ce visage-là, de celui qu’ils croyaient être l’incarnation de l’intégrité, de la simplicité et du dépouillement. Les récentes ‘‘sorties’’ de Simone, son épouse, ainsi que celle de son Pasteur Koré Moïse, qui ont dénoncé en des termes sans équivoque, les pratiques impudiques qui avaient cours sous ce régime, sont à cet égard, très significatives. Les Ivoiriens et leur sens décapant de l’humour disent : « C’est quand moisi a percé, qu’on découvre son vrai visage ».

Laurent Gbagbo aime l’argent. Il en prenait chez Bédié (quand il était opposant5) ; il en a pris avec Robert Guéi. Ce dernier, après qu’il eut perdu le pouvoir (dupé par Gbagbo), menaçait de tout révéler à l’opinion ; d’où l’urgence de le faire taire à jamais. Ce qui a été fait ! Salement. Dans le brouillamini des événements du 19 septembre 2002 — qu’on a vu venir, et qu’on a laissés se faire de manière consciente et calculée : en profiter pour liquider physiquement Bédié, Alasanne et Guéi. Le dernier (un général d’armée) s’est fait surprendre (avec la complicité du clergé catholique), et a été tué ; tout son entourage immédiat a été massacré, afin de s’assurer du silence absolu et définitif sur les forfaitures financières de Gbagbo.

Laurent Gbagbo a pris de l’argent avec Alassane Ouattara ; il en a reçu de Kadhaffi (200 millions) avec lesquels il avait entamé les travaux d’achèvement de sa maison de Mama. Je devine qu’il a dû en recevoir de l’ex-gouverneur de la Bceao Charles Konan Banny, qui croyait, en ce temps-là, être en présence d’un ami. Non, Gbagbo n’est pas Gandhi. Il n’a pas non plus l’âme d’un Mandela ou de A. Toumani Touré. Il est une mauvaise synthèse d’Houphouët (par l’amour de la richesse et l’encouragement au gain facile et illicite), de Nkrumah (par le culte de soi), d’Idi Amine (par sa culture du rire gras et spectaculaire) ; enfin, de Sékou Touré (par l’habileté à l’intrigue, l’invention de complots et le courage de faire tuer ! Froidement ! Au nom de l’Etat). En Côte d’Ivoire, on appelle cela « être patriotes », ou être un « défenseur de la légalité républicaine ». Un trait unit tous ces dirigeants : la passion du pouvoir. Cette passion a fait d’eux, des autocrates. Et Laurent Gbgabo (acquis aux vertus de la démocratie dans son passé d’opposant), a fini par devenir un redoutable autocrate, en expérimentant chaque jour, la douceur et les fastes du pouvoir, ainsi que la réalité de l’âme servile des courtisans et autres larbins des Palais. C’est un roi nègre dans des habits de chef d’Etat d’une République ! Un dirigeant dépassé. Comme Henri Konan Bédié-le-prince-des Nambè, l’enfant-béni-des-eaux-et-de-la-pluie ! Mystification ! Comme aussi, et même, Alassane Ouattara-le-prince-de-Kong-la-fabuleuse ! Tous dépassés ! Des ostrogoths politiques !

Note:
5/ Cissé Bacongo y fait allusion dans son livre sur le parcours d’Alassane Ouattara.

Présidentielle 2008 ( ?) (8): La sécession gbagboïste (2)- névrose de la régence

Voilà campé le personnage de Gbagbo. Il est prêt à tout céder (son parti, une part des richesses de la Côte d’Ivoire, ses convictions idéologiques) pourvu qu’on lui laisse le titre de président de la République, et qu’il soit le chef d’un Etat. Même si on venait à tout lui arracher et qu’on ne lui laissait que Cocody qu’on décréterait « Etat » placé sous son contrôle, il accepterait. Rappelez-vous la promptitude avec laquelle, à Kléber, il a accepté que l’on donne les ministères de la Défense et de la Sécurité aux rebelles (inouï !) et cela, contre l’avis de Konan Bédié qui avait refusé énergiquement cette concession, qu’il estimait « trop large », faite à ceux qui avaient pris les armes contre le pays. Gbagbo était prêt à tout céder aux rebelles, à Kléber, sauf le titre de président de la République. On nous a dit après, que, s’il n’avait pas fait cela, les Blancs l’auraient tué. Je réponds : et alors ? Le courage ne consistait-il pas, justement, à braver la mort et à dire « Merde » à ces Blancs qui voulaient nous imposer des rebelles au sein du gouvernement légal ? Un pouvoir que nous autres, défendions alors ici, avec acharnement et conviction, au prix de notre vie — cette crise aurait pu tourner à l’avantage des rebelles. Notre Soundjata de chef : un gros peureux donc qui mouille devant de petits Blancs !!! Une honte pour l’Afrique !

Bref, Gbagbo aime le pouvoir. Une des raisons fondamentales de son refus de continuer à travailler avec Charles Konan Banny se trouve là : il suspectait ce dernier (qui est loin d’être le naïf et inoffensif qu’on croit) de convoiter le fauteuil présidentiel et de conspirer contre lui. Et, stratège affirmé, il s’est dit ceci : si je laisse cet homme réussir sa mission (et Banny était sur la voie de réussir sa mission), c’est lui que les Ivoiriens voudront, logiquement, prendre comme futur président ; et je perdrai le pouvoir.

Le pouvoir ! Ce à quoi Soro, les cheveux encore noirs, le menton encore lisse, ne peut prétendre pour le moment – il n’en a pas l’âge. Les billets de la BCEAO suffisent, pour l’heure, à le rendre heureux ! Ces billets acquis par pillage des agences BCEAO de Bouaké, de Korhogo et de Man ; ces billets acquis par pillage des richesses de notre pays et vendues au Burkina-Faso ; ces billets acquis par spoliation des populations que les rebelles ivoiriens ont soumises par les armes ; mais aussi et enfin, des billets acquis légalement dans l’administration buissonnière de hauts postes ministériels, grassement payés. Sans fournir aucun travail. Merveilleuse Côte d’Ivoire ! Qui a dit que ce pays n’était pas béni de Dieu ? Moi seul, certainement ! Je devais être fou en ce temps-là !

Mais pourquoi donc, après le vacarme de la fameuse « Flamme de la paix » qui célébrait le mariage touchant entre Gbagbo et Soro, nos populations continuent-elles de vivre sous le joug des armes de la rébellion ? Pourquoi ne désarment-ils pas ? Que signifie cette ‘‘paix armée ?’’ Et pourquoi Laurent Gbagbo n’exerce-t-il plus aucune pression réelle sur ces gens pour qu’ils libèrent nos populations du Nord, du Centre et de l’Ouest fatiguées de subir les outrages de ces voyous ? Et pourquoi le RHDP n’encourage-t-il pas au désarmement ? On le voit : le non désarmement arrange tous ces busines men de la politique. Le PDCI, le RDR, les refondateurs, le MPCI.

Quel est, au bout du compte, le tableau socio politique qui est laissé aux Ivoiriens ? Rien, rien d’autres que trois évidences désolantes qui devraient pouvoir nous alarmer :

1 - Une rébellion (ou ce qu’il en reste) qui a achevé de nous convaincre de qu’elle n’était porteuse d’aucun idéal sérieux ! Soro Guillaume nous a suffisamment fait étalage de ses limites intellectuelles et politiques dans la lecture d’une rébellion comme celle-là qui a commis l’erreur de faire de lui, son porte-parole. Qu’il n’ait pas la foi sacrificielle et bellement suicidaire du Che, n’est pas le moindre de ses crimes ; il n’as pas, surtout, l’âme d’un rêveur ni l’étoffe d’un utopiste : il ne peut incarner aucun idéal sérieux. C’est un ‘‘petit’’ homme du monde, fait pour se contenter de plaisirs et d’honneurs terrestres, car aucun vrai révolutionnaire ne monnaie sa révolution pour un poste administratif. Jamais !

2 - Un régime qui nous a aussi suffisamment donné la preuve de son incapacité à sortir le pays de l’impasse dans laquelle nous végétons lamentablement, excepté les refondateurs et leurs soutiens, ainsi que les ministres du RHDP et quelques rebelles devenus gras. Le Pr Sidick a bien perçu la grave lacune que traîne sur lui, comme un manteau de Nessus, ce pouvoir délinquant et ses affidés : « Prenant conscience de la faiblesse de son armée et n’ayant pas pu convaincre les autres pays à livrer la guerre pour tuer son propre peuple qu’il dit aimer et pour lequel il dit gouverner, il (Gbagbo) découvre que son trône est en danger. Comme la reine Pokou devant le fleuve, Gbagbo doit faire un sacrifice s’il veut sauver son pouvoir. Gbagbo sacrifie (alors) son Premier ministre et partage la dépouille de son gouvernement. Il décide comme mesure d’accompagnement de laisser les pontes du FPI piller en toute impunité l’économie nationale. Gbagbo ouvre officiellement et légalise la prédation en Côte d’Ivoire XXXX ». On le voit : c’est un régime vampirique et dangereux pour la santé du pays, que nous abritons de nos complaisances. Il faut donc faire partir ce régime, par tous les moyens démocratiques.

3 – Enfin, une opposition, conduite par Bédié, Ouattara, Wodié, Anaky et Mabri Toikeuse, et incarnée par les deux premiers cités, qui a besoin qu’on la débarrasse de cette mission apparemment trop compliquée pour elle, ou trop lourde pour les épaules, fatiguées, de Bédié et de Ouattara. Non, notre opposition ne vaut, politiquement, rien. Elle n’effraie nullement Gbagbo qui s’en amuse d’ailleurs, encourage et entretien même l’état végétatif dans lequel elle est en ce moment, en attendant de lui asséner, traîtreusement, le coup fatal.

Présidentielle 2008 ( ?) (9) : La sécession gbagboïste (3) - Le jeu trouble et irresponsable du RHDP

Tous, y trouvent finalement leur compte : Gbagbo et ses mangeurs, ses patriotes et autres obscurs défenseurs de la légalité républicaine (style Fologo, Claverie et autres suiveurs impénitents des princes de ce monde) ; Alasanne et ses talibés et ses fanas ; Bédié et ses suiveurs ; Soro et ses dozos et ses cow-boys désoeuvrés ; toute l’administration ivoirienne enfin, sans plus le regard des contrôleurs et inspecteurs financiers. Ils bouffent, ils bouffent ohooo, frères, ils bouffent ! Tous !

C’est pourquoi ils ne sont pas pressés que les choses changent.
Que faire, Ivoiriens ? Que faire ? Apparemment, Bédié, Dakoury, Wodié, Mabri, Alasanne et Anaky, ont peur d’affronter Gbagbo. Allons-nous continuer de nous voiler la face et laisser le pays entre les mains de gens qui ne peuvent pas nous faire avancer ? Qui d’entre nous peut-il se nourrir de l’espoir naïf que Gbagbo acceptera le verdict des urnes qui consacrera sa défaite à ces élections ? Car, logiquement, selon la loi du nombre, Gbagbo n’a aucune chance de remporter des élections face au PDCI et au RDR qui, à eux seuls, réunissent près des trois quarts de l’électorat. Pourvu que ces deux partis jouent intelligemment le coup — ce qui est une autre paire de manches. Gbagbo sait très bien qu’il ne serait pas aujourd’hui assis dans le fauteuil présidentiel si, en 2000, il n’avait pas triché avec Robert Guéi et Tia Koné pour éliminer les candidats qui devraient être logiquement en tête du premier tour (Bédié et Ouattara). Il sait tout cela. Il sait qu’il n’a aucune chance de remporter des élections face à un tandem PDCI-RDR.

Pour les refondateurs, aussi bien que pour Soro et la branche de rebelles apparemment acquise, comme lui, à la cause du dictateur, il est donc plus que vital que Gbagbo conserve le pouvoir. L’occasion est donc arrivée pour moi d’exposer les deux autres raisons qui rendent très conflictuelle, voire apocalyptique, la prochaine présidentielle, en même temps qu’elles jettent des faisceaux de lumière sur le comportement politique actuel de Soro et de ‘‘ses’’ rebelles.